Ezio Auditore Firenze ou altaïr : quel Assassin a le plus marqué la saga ?

Quand on lance une partie d’Assassin’s Creed II après avoir terminé le premier opus, le contraste est physique. Le parkour gagne en fluidité, l’arsenal s’étoffe, et surtout le protagoniste parle, plaisante, souffre. Ezio Auditore da Firenze et Altaïr Ibn-La’Ahad incarnent deux visions opposées de ce que doit être un assassin dans la saga d’Ubisoft, et le débat entre les deux camps ne faiblit pas depuis plus de quinze ans.

Altaïr dans Assassin’s Creed : une mécanique de jeu avant un personnage

On oublie souvent à quel point le premier Assassin’s Creed était un pari technique. Le système de parkour en monde ouvert, les assassinats contextuels, la foule réactive : tout cela reposait sur les épaules d’Altaïr. Le personnage servait de véhicule à une démonstration de game design, pas à un arc narratif profond.

Altaïr parle peu. Ses dialogues se limitent à des échanges avec Al Mualim et ses cibles, dans un schéma répétitif : recevoir la mission, infiltrer, éliminer, écouter les dernières paroles de la cible. Cette structure en boucle reflète le parti pris d’Ubisoft en 2007, où le gameplay primait sur la caractérisation du héros.

Le résultat, c’est un assassin qui fonctionne comme une lame : efficace, tranchant, mais difficile à saisir émotionnellement. Les joueurs qui ont commencé la saga par cet épisode gardent une image presque mythique d’Altaïr, construite davantage par l’atmosphère du jeu (les appels à la prière, la poussière de Jérusalem, le blanc de la robe) que par ce que le personnage dit ou ressent à l’écran.

Cosplayeur en tenue d'Altaïr Ibn-La'Ahad sur un toit de pierre face à une cité du Moyen-Orient inspirée des Croisades

Ezio Auditore : trois jeux pour raconter une vie entière

Ezio bénéficie d’un avantage structurel qu’aucun autre protagoniste de la saga n’a eu : trois épisodes complets dédiés à son parcours. Assassin’s Creed II, Brotherhood et Revelations couvrent sa vie de l’adolescence à la vieillesse. On le voit perdre sa famille, apprendre le combat, diriger une confrérie, puis vieillir et douter.

Cette trilogie permet à Ubisoft de construire un arc narratif complet. Le joueur ne découvre pas un assassin déjà formé, il accompagne un jeune noble florentin qui devient maître assassin par nécessité. La scène d’ouverture d’AC II, où Ezio se bat sur un pont avec ses frères avant même de savoir ce qu’est la Confrérie, ancre le personnage dans le quotidien avant de l’élever vers l’épique.

Un personnage qui évolue mécaniquement

L’évolution ne se limite pas au scénario. D’un jeu à l’autre, l’arsenal d’Ezio s’enrichit : double lame secrète, pistolet de Léonard de Vinci, bombes, parachute. Cette progression mécanique accompagne la montée en puissance narrative. Le joueur ressent concrètement que son personnage gagne en expérience.

Altaïr, dans le premier opus, récupère ses compétences qu’on lui a retirées en début de jeu. La progression est inversée : on restaure plutôt qu’on construit. La sensation n’est pas la même.

Le vote des joueurs : Altaïr fondateur contre Ezio favori

Un sondage relayé par le site polonais GRYOnline a mis en lumière un clivage intéressant dans la communauté. Dans le vote global, tous visiteurs confondus, le premier Assassin’s Creed arrive légèrement devant la trilogie d’Ezio avec 47 % des votes contre 43 %. En revanche, chez les lecteurs réguliers du site, la trilogie d’Ezio domine avec 63 % des voix contre 25 % pour le premier opus.

Ce décalage traduit deux rapports différents à la saga. Le public large associe Assassin’s Creed à son épisode fondateur et donc à Altaïr. Les joueurs les plus investis, ceux qui ont enchaîné les épisodes et suivi l’évolution de la série, identifient plus fortement la saga à Ezio et à ce que la trilogie représente en termes de narration et de gameplay.

Une perception critique qui penche vers Ezio

La rédaction de GRYOnline qualifie la trilogie d’Ezio de sommet jamais dépassé de la série, en soulignant la qualité du héros, de l’ambiance, de la musique et de la narration. Le terme employé, « peak AC never surpassed », positionne Ezio comme l’archétype du protagoniste complet dans la saga.

Altaïr reste le fondateur, celui sans qui rien n’existe. Mais dans le discours critique actuel, son rôle est davantage celui d’un symbole que d’un personnage pleinement développé.

Deux cosplayers représentant Ezio Auditore et Altaïr côte à côte dans un couloir en pierre rappelant une forteresse médiévale

Assassin’s Creed Revelations : quand Ezio rencontre Altaïr

Le dernier volet de la trilogie d’Ezio offre un moment rare dans la saga : la rencontre, par le biais de l’Animus, entre les deux assassins. Ezio explore la bibliothèque secrète d’Altaïr à Masyaf et accède à ses souvenirs grâce aux disques mémoriels. Le jeu confronte directement les deux héritages.

Ce qui frappe dans ces séquences, c’est le contraste de ton. Les passages jouables d’Altaïr sont dépouillés, presque austères. Ezio, même vieillissant, reste volubile, ému, humain. Ubisoft utilise cette juxtaposition pour illustrer une idée simple : Altaïr a posé les fondations, Ezio les a habitées.

La scène finale, où Ezio s’adresse à Desmond devant le squelette d’Altaïr, reste l’un des moments les plus cités par la communauté. Elle fonctionne parce qu’elle ne tranche pas entre les deux : elle les relie.

Ce qui différencie vraiment ces deux assassins de la saga Ubisoft

Au-delà du débat « qui gagnerait en combat », la vraie question porte sur ce que chaque personnage apporte à la franchise Assassin’s Creed :

  • Altaïr définit les codes de la Confrérie : le Credo, la lame secrète, le saut de la foi. Sans lui, l’univers n’a pas de socle. Son héritage est structurel, ancré dans le lore plus que dans l’émotion
  • Ezio démontre qu’un jeu d’action peut porter un arc narratif sur trois épisodes sans lasser. Sa trilogie a prouvé à Ubisoft que les joueurs s’attachent à un personnage quand on leur laisse le temps de le connaître
  • Altaïr fonctionne par soustraction (peu de dialogues, peu d’émotions visibles, une aura construite par l’absence), tandis qu’Ezio fonctionne par accumulation (relations, pertes, humour, vieillissement)

Les deux approches sont légitimes, et les retours varient sur ce point selon le rapport de chaque joueur à la narration dans le jeu vidéo.

Si on devait trancher sur l’assassin qui a le plus marqué la saga Assassin’s Creed, Ezio Auditore da Firenze l’emporte par la densité de son parcours et l’attachement qu’il génère. Altaïr reste le pilier fondateur, celui qui a rendu tout le reste possible. La saga a eu la lucidité de ne jamais les opposer frontalement dans son scénario, préférant les relier. C’est probablement la meilleure réponse qu’Ubisoft pouvait donner à ce débat.

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