Une statistique brute : près de 70 % des Nigérians dépendent encore, en 2025, de l’agriculture pour vivre. Pourtant, derrière cette apparente continuité, le secteur a mué, s’est démultiplié, bousculant ses propres codes. Les frontières entre tradition et modernité se brouillent, traçant de nouveaux chemins pour nourrir le pays.
Quatre formes d’agriculture structurent aujourd’hui le paysage nigérian, chacune avec ses logiques, ses enjeux. L’agriculture traditionnelle, omniprésente dans les zones rurales, conserve ses techniques héritées de générations passées. Les outils manuels, les rotations de cultures, la transmission orale des savoirs : ici, le changement s’invite à petits pas, mais l’attachement à la terre demeure. À l’opposé, l’agriculture moderne s’impose peu à peu, propulsée par l’irruption de la technologie et la force des investissements privés. Entre les deux, l’agriculture biologique s’affirme, portée par une conscience écologique grandissante. Enfin, l’agriculture urbaine explose dans les grandes villes, réinventant le rapport entre citadins et alimentation. Ces dynamiques se croisent, se complètent, parfois se heurtent, dessinant une mosaïque agricole à la fois complexe et prometteuse.
Les cultures vivrières : pilier de la sécurité alimentaire
Impossible d’en parler sans évoquer la place centrale des cultures vivrières pour la sécurité alimentaire au Nigéria. Manioc, igname, maïs, riz : ces denrées garantissent au quotidien la subsistance de millions de familles. Grâce à l’abondance des ressources naturelles du pays, les exploitations agricoles produisent une palette variée de produits, essentiels à la stabilité du pays. Parmi les initiatives récentes, la Dangote Fertilizer Plant s’est imposée comme un acteur déterminant. Cette usine d’engrais, la plus grande d’Afrique, apporte un nouveau souffle à la productivité des sols, tout en réduisant la dépendance du pays aux importations coûteuses.
Le président Muhammadu Buhari, fervent défenseur de la souveraineté alimentaire, a multiplié les appels à soutenir ce secteur pour assurer la croissance à long terme. Des entreprises telles que Ovin’Alp, spécialisées dans les fertilisants organiques, participent à la transition vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Elles incarnent une agriculture nigériane capable d’allier performance et préservation des ressources.
Acteurs et initiatives clés
Plusieurs organisations et personnalités contribuent de façon concrète à l’évolution du secteur agricole :
- USDA : Le Département américain de l’agriculture suit de près les avancées du Nigéria et publie régulièrement des rapports sur ses performances.
- Aliko Dangote : Par ses investissements massifs, l’industriel nigérian façonne la modernisation du secteur et stimule la création d’emplois locaux.
Au-delà des frontières, la dynamique nigériane interpelle. Eric Opoku, ministre ghanéen de l’Alimentation et de l’Agriculture, a récemment mis en avant l’efficacité des méthodes nigérianes, un signal fort d’une coopération régionale en marche. Même le Cocobod du Ghana, sous la houlette du Dr Ransford Anertey Abbey, observe avec attention ces évolutions, espérant en tirer des enseignements pour ses propres politiques agricoles.
L’agriculture commerciale : moteur de l’économie
L’agriculture commerciale façonne désormais l’économie nigériane. Porté par les entreprises privées et les investissements étrangers, ce segment contribue de manière significative au produit intérieur brut. En 2025, le Nigéria confirme son statut de leader régional, s’appuyant sur des infrastructures modernisées et des technologies agricoles de pointe pour soutenir sa croissance.
Acteurs et initiatives
Quelques exemples illustrent cette dynamique du secteur :
- Farm Milk : Depuis son rachat par Danone, cette entreprise laitière locale incarne le dynamisme et la transformation du secteur agroalimentaire.
- Journées Export Agro (JEA) : L’événement, piloté par Business France et co-organisé par Olivier De La Faire et Christine Fortin, a vu sa fréquentation bondir de 50 % en une seule année, signe de l’intérêt croissant pour les opportunités nigérianes.
Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, a récemment mis en avant la capacité de ces initiatives à dynamiser le secteur privé et à renforcer la compétitivité du Nigéria. La collaboration avec des partenaires comme Hopscotch Season et le Club Export Agro illustre une volonté de s’ouvrir à l’international, tout en valorisant le savoir-faire local.
Perspectives et défis
Si les ambitions sont élevées, le secteur doit relever de nombreux défis : infrastructures insuffisantes, formation technique des agriculteurs, accès au crédit. Les Conseillers du Commerce Extérieur travaillent sur ces chantiers pour accompagner la montée en compétence des acteurs locaux. L’appui d’organisations internationales telles que Business France et les alliances avec des entreprises nigérianes apparaissent indispensables pour garantir la compétitivité du secteur à moyen terme.
L’agriculture durable : vers une transition écologique
Face à l’urgence climatique et à la dégradation des sols, le Nigéria s’engage sur la voie d’une agriculture durable. Cette mutation implique une gestion raisonnée des ressources naturelles et une volonté de bâtir un modèle agricole sur le long terme, conciliant développement et préservation des écosystèmes.
Initiatives et acteurs clés
Le secteur agricole voit émerger de nouveaux acteurs, moteurs de cette transition écologique :
- Le Philtre : Cette marque de vodka biologique se distingue par sa sélection de matières premières issues de l’agriculture durable, démontrant qu’innovation et respect de l’environnement peuvent aller de pair.
- UV Boosting : L’entreprise mise sur la stimulation solaire pour améliorer la fertilité des sols, offrant des solutions innovantes et respectueuses de la nature.
Collaboration et soutien international
Le rôle des bailleurs internationaux se confirme. Banque mondiale et Département américain de l’agriculture (USDA) appuient concrètement le déploiement de ces pratiques. Leur engagement facilite la diffusion des savoirs et l’accès aux financements nécessaires pour accélérer la transition.
Défis et perspectives
Le basculement vers une agriculture écologique n’est pas instantané. Les agriculteurs doivent se former à de nouveaux outils, intégrer des technologies parfois complexes. Pourtant, certains pionniers, à l’image d’Aliko Dangote et de sa Dangote Fertilizer Plant, prouvent que le secteur privé peut devenir un moteur de cette transformation. Leur exemple inspire, trace la voie pour les exploitations familiales comme pour les grandes entreprises.
Les innovations technologiques : révolutionner les pratiques agricoles
Le Nigéria confirme sa place parmi les pays les plus dynamiques en matière d’innovation agricole. L’émergence des technologies de pointe bouleverse les méthodes traditionnelles, offrant aux producteurs de nouveaux leviers pour optimiser leur rendement et limiter leur impact environnemental.
Technologies de précision
La télédétection et l’utilisation de drones prennent une place croissante dans les campagnes nigérianes. Les producteurs peuvent désormais surveiller la santé des cultures à distance, anticiper les maladies, ajuster l’irrigation, rationaliser l’apport en engrais. Ces solutions, appuyées par le Bureau national des statistiques du Nigéria (NBS) et la Commission des communications du Nigeria (NCC), s’accompagnent d’un accès élargi aux données et à l’infrastructure numérique.
Financements et partenariats
Le déploiement de ces outils repose aussi sur des dispositifs de financement adaptés. Banque mondiale et Union européenne accompagnent les investissements dans la modernisation agricole. La First City Monument Bank (FCMB), en partenariat avec Proparco, met à disposition des agriculteurs des crédits sur mesure. Camille Veloso Orji, spécialiste de l’importation de vins et spiritueux, a témoigné des progrès tangibles permis par ces dispositifs, citant l’exemple d’une exploitation passée au numérique et ayant doublé ses rendements en une saison.
Rôle des acteurs locaux
Le soutien des décideurs nigérians s’avère décisif. Bola Tinubu, président du Nigéria, et Yemi Cardoso, gouverneur de la Banque centrale, multiplient les signaux pour attirer les investisseurs et favoriser l’innovation. Le Nigerian Economic Summit Group (NESG) s’implique également, facilitant la mise en réseau des acteurs du secteur et renforçant le dialogue public-privé.
Peu à peu, la convergence entre avancées technologiques, financements ciblés et volonté politique place le Nigéria sur une trajectoire singulière. En 2025, le pays ne se contente plus de nourrir sa population : il inspire, surprend, et pourrait bien redistribuer les cartes de l’agriculture sur le continent africain.


